Un zéro n'est pas un réglage, c'est une distance. Ce guide dit ce que vaut un clic là où vous tirez vraiment, et convertit vos centimètres d'écart en tours de tourelle.
Zéro
MOA et MRAD
Clics
Un zéro est une distance
« Ma lunette est réglée » ne veut rien dire tant qu'on n'a pas dit à quelle
distance.
La lunette est montée quatre à cinq centimètres au-dessus de l'axe du canon.
Le projectile part donc sous la ligne de visée, monte vers elle, la croise une
première fois, continue de monter un peu, puis retombe et la recroise plus
loin. Un tir n'a pas un point de rencontre avec la ligne de visée : il en a
deux, et régler une lunette consiste à choisir lequel des deux tombe là où
vous tirez.
De là vient la seule règle qui compte : on règle à la distance où l'on tire le
plus souvent. Une carabine à plomb de dix joules vit entre dix et quinze
mètres, une vingt joules entre vingt et vingt-cinq, une PCP à vingt-cinq ou
cinquante. Réglée à cinquante mètres, la première tirera haut sur toute la
plage où elle sert réellement, et le tireur passera sa séance à compenser une
erreur qu'il a lui-même installée.
Le corollaire est moins agréable : hors de sa distance de zéro, une arme tape
toujours ailleurs. Ce n'est pas un défaut de réglage, c'est la trajectoire. Un
zéro bien choisi ne supprime pas cet écart, il le rend petit là où vous
l'utilisez.
ChoisirLa distance où vous tirez le plus souvent, pas la plus longue dont l'arme est capable.
NoterLa distance de zéro, le lot de plombs et la position des colliers, une fois pour toutes.
AccepterAilleurs qu'au zéro, l'impact est plus haut ou plus bas. Toujours.
Trois mots, une seule idée
MOA, MRAD, clic : trois façons de désigner un angle. Et un angle couvre d'autant
plus de terrain que la cible est loin.
MOA
2,91 cm à 100 m
La minute d'angle, un soixantième de degré. Elle couvre 2,908 cm à 100 mètres, et à peu près un pouce à 100 yards, ce qui explique les cibles à grille en pouces. Les tourelles courantes avancent d'un quart de MOA par clic, certaines d'un huitième.
MRAD
10 cm à 100 m
Le milliradian, un millième de radian. Il couvre exactement 10 cm à 100 mètres, 20 cm à 200, et se marie au mètre sans conversion. Les tourelles avancent le plus souvent de 0,1 MRAD par clic, soit 1 cm à 100 mètres.
Le clic
La fraction que la tourelle avance
Ce n'est pas une unité, c'est un cran. Sa valeur est écrite sur la tourelle, en MOA ou en MRAD, et ce qu'il déplace en centimètres change avec la distance. Un clic n'a donc pas de valeur en soi : il en a une à 10 mètres, une autre à 50.
La règle à retenir tient en une phrase : le réticule et les tourelles doivent
parler la même langue. Un réticule gradué en MOA sous une tourelle en MRAD
vous oblige à convertir à chaque correction, debout au pas de tir, et c'est
exactement là que les erreurs entrent. Si le choix vous appartient, prenez le
MRAD pour sa décimalité, le MOA si vos cibles et vos habitudes sont en pouces.
Le convertisseur de clics
Mesurez l'écart entre le centre de votre groupement et le point visé, dites à
quelle distance, et lisez le nombre de crans à tourner sur chaque tourelle.
Hausse22clics vers le haut
Dérive11clics vers la droite
À 25 m, un clic déplace l'impact de 1,8 mm.
Ce que vaut ce clic, distance par distance
10 m0,7 mm
25 m1,8 mm
50 m3,6 mm
100 m7,3 mm
Voilà pourquoi une correction de trois centimètres demande une quarantaine
de clics à dix mètres et quatre à cent : le clic est un angle, et l'angle
ne couvre pas la même largeur selon la distance. Ce n'est pas une lunette
fatiguée. Le sens des tourelles se lit sur les graduations : la plupart
sont gravées UP ou H pour la hausse, R ou
D pour la dérive à droite.
La séance de réglage, dans l'ordre
Six gestes. L'ordre compte plus que chacun d'eux, parce que chaque étape sautée
se paie en munitions et en doute.
Poser l'arme, pas la tenir
Tout ce que vous mesurez ensuite suppose que l'arme ne bouge pas. Un sac de
tir, un tapis, un bipied ou un simple sac de riz sous la crosse : le but est
que la seule variable de la séance soit la lunette. Une carabine tenue à
l'épaule vous fera corriger votre propre tremblement. Vérifiez au passage le
serrage des colliers, qui est la cause la plus fréquente d'un zéro qui
s'évade.
Un seul lot, un seul plomb
Le zéro appartient au couple arme-projectile. Changer de marque, de poids ou
même de boîte suffit à décaler le point d'impact, et une séance de réglage
conduite avec trois lots différents ne règle rien. Choisissez celui que vous
tirerez ensuite, et notez-le.
Trois coups, jamais un
Un impact isolé ne dit rien : il peut venir de vous, de l'appui ou du plomb.
Trois à cinq coups, sans toucher à l'arme entre les deux, dessinent un
groupement, et c'est le groupement qu'on corrige. Si les trois coups
s'éparpillent sur dix centimètres, arrêtez : le problème n'est pas le
réglage.
Mesurer depuis le centre du groupement
Depuis le centre, pas depuis le trou le plus proche du point visé, et
jusqu'au point visé, pas jusqu'au centre de la cible si vous avez visé
ailleurs. Une cible à grille rend cette mesure immédiate : on lit deux
nombres, un vertical et un horizontal, et on les entre dans le convertisseur
ci-dessus.
Tourner, puis retirer trois coups
On applique les deux corrections, on retire une série, on vérifie. La
tentation est de tourner puis de recommencer à mesurer sur le même carton :
les impacts se mélangent et la lecture devient fausse. Une pastille
autocollante rebouche la série précédente et rend le carton neuf pour trois
centimes.
Reculer par paliers
Régler d'emblée à cinquante mètres coûte des munitions à chercher le papier.
On centre à dix ou quinze mètres, on recule à vingt-cinq, puis à cinquante
si l'arme et le stand le permettent. Chaque palier demande moins de clics
que le précédent, ce qui est exactement l'inverse de l'intuition, et
exactement ce que dit le tableau plus haut.
Quelle cible pour quelle distance, et combien de feuilles prévoir, est le sujet de
notre guide Bien choisir sa cible ; les
mots de la fiche technique sont au glossaire.
La parallaxe, l'autre réglage
Celui qu'on oublie, et qui déplace le point d'impact sans qu'on ait touché à une
seule tourelle.
Dans une lunette, l'image de la cible et le réticule se forment sur deux plans.
Quand ces deux plans ne coïncident pas, bouger l'œil derrière l'oculaire fait
nager le réticule sur la cible : c'est la parallaxe. Le tir part alors où
l'œil était placé, pas où vous croyiez viser, et deux séances menées avec deux
positions de joue donnent deux zéros.
Le remède est une bague, en bout d'objectif ou sur le côté, graduée en mètres
ou en yards. On la tourne jusqu'à ce que l'image soit nette et que le
réticule cesse de bouger quand on remue légèrement la tête. Beaucoup de
lunettes bon marché n'en ont pas : elles sont figées à une distance donnée,
souvent une centaine de mètres pour les modèles pensés pour l'arme à feu, ce
qui les rend inconfortables à dix mètres. Pour la carabine à plomb, cherchez
une parallaxe réglable descendant à dix mètres, ou une lunette figée courte.
Le testRemuez la tête derrière l'oculaire : si le réticule bouge sur la cible, la parallaxe est fausse.
Avant les tourellesOn règle la parallaxe et la netteté du réticule d'abord. Sinon on corrige un défaut avec l'autre.
À dix mètresUne lunette figée à 100 m est inutilisable au stand court. Vérifiez la plage avant d'acheter.
Ce qui dérègle un zéro déjà bon
Avant de retoucher les tourelles, éliminez les cinq causes qui n'ont rien à voir
avec elles.
Les colliersIls se desserrent, surtout sur une carabine à ressort dont le recul part dans les deux sens. Vingt à trente coups suffisent.
Le lotUn poids ou une marque de plomb différents déplacent le point d'impact. Le zéro appartient au couple, pas à l'arme seule.
La parallaxeBague déréglée, joue posée ailleurs : le réticule nage et le tir suit l'œil.
La distanceLe stand d'aujourd'hui n'est pas celui d'hier. Un télémètre coûte moins cher qu'une séance passée à corriger une distance supposée.
VousAppui différent, épaulé différent, fatigue de fin de séance. C'est la cause la plus fréquente, et la seule qui ne se corrige pas au tournevis.
Trois choses qu'on lit partout
Elles coûtent des munitions, et parfois une lunette qu'on croit morte.
On lit
« Un clic, c'est un centimètre. »
En réalité
Uniquement pour une tourelle de 0,1 MRAD, et uniquement à 100 mètres. La
même tourelle ne déplace l'impact que de 2,5 mm à 25 mètres. En 1/4 MOA,
le clic ne vaut jamais un centimètre rond à aucune distance ronde.
On lit
« Plus de grossissement, plus de précision. »
En réalité
Le grossissement agrandit la cible et le tremblement avec elle, assombrit
l'image et rend la parallaxe critique. À dix mètres, un 4x confortable bat
un 24x qu'on n'arrive pas à stabiliser. Le grossissement ne rend pas
l'arme plus précise, il rend l'erreur plus visible.
On lit
« Un laser de canon suffit à régler. »
En réalité
Le prérèglage optique aligne grossièrement la lunette sur l'axe du canon,
et son mérite est de vous faire atteindre le papier au premier coup. Il ne
connaît ni la trajectoire, ni votre plomb, ni votre distance : le zéro se
finit à la cible, jamais autrement.
Questions fréquentes
À quelle distance faut-il régler sa lunette ?
À celle où vous tirez le plus souvent, et à aucune autre. Un zéro est une distance : la lunette est montée au-dessus du canon, la trajectoire monte vers la ligne de visée, la croise, puis redescend. Pour une carabine à plomb de 10 joules, 10 à 15 mètres. Pour une 20 joules, 20 à 25 mètres. Pour une PCP, 25 ou 50 mètres. Régler à 50 mètres une carabine qu'on tire à 12 revient à viser bas toute la séance.
Combien vaut un clic sur ma lunette ?
Cela dépend de deux choses : la graduation de la tourelle et la distance de la cible. Un clic de 1/4 MOA déplace l'impact de 0,73 cm à 100 mètres, mais de 0,18 cm seulement à 25 mètres et de 0,07 cm à 10 mètres. Un clic de 0,1 MRAD vaut 1 cm à 100 mètres, 0,25 cm à 25 mètres. La calculette de cette page fait la conversion dans les deux sens.
Pourquoi faut-il autant de clics à 10 mètres ?
Parce qu'un clic est un angle, pas une longueur. Le même angle couvre dix fois moins de terrain à 10 mètres qu'à 100. Corriger 3 centimètres à 10 mètres demande une quarantaine de clics de 1/4 MOA, là où la même correction à 100 mètres en demanderait quatre. Ce n'est pas une lunette fatiguée, c'est de la géométrie.
MOA ou MRAD, lequel choisir ?
Celui que porte votre réticule. Une tourelle en MRAD sur un réticule gradué en MOA vous fera convertir à chaque correction, et c'est là que naissent les erreurs. Si le choix est ouvert, le MRAD est décimal et se marie au mètre : 0,1 MRAD vaut 1 cm à 100 m, 2 cm à 200 m, sans calcul. Le MOA se marie au pouce et à la yard, d'où les cibles à grille en pouces.
Combien de coups avant de toucher aux tourelles ?
Trois, au minimum, et sans bouger l'arme entre les deux. Un seul impact ne dit rien : il peut être votre coup, votre appui ou votre plomb. Ce qu'on corrige, c'est le centre d'un groupement, mesuré depuis le point visé, jamais le trou le plus proche du centre.
Ma lunette se dérègle toute seule, pourquoi ?
Une lunette bouge rarement seule. Les colliers se desserrent, surtout après vingt à trente coups sur une carabine à ressort dont le recul part dans les deux sens. Un lot de plombs différent change le zéro. La bague de parallaxe déréglée fait nager le réticule et déplace le point d'impact selon la position de l'œil. Vérifiez les vis, le lot et la parallaxe avant de toucher aux tourelles.
Faut-il une cible particulière pour régler une optique ?
Une cible à grille, oui. La grille transforme un groupement décentré en une mesure, et la mesure en un nombre de clics : sans elle, on estime, et on tourne trop. Nos cibles carrées existent en grille au pouce, pour les tourelles en MOA, et en repères centimétriques. Les pastilles autocollantes rebouchent les impacts entre deux séries pour garder un carton lisible.
Les sources
Les valeurs d'angle et les protocoles de réglage recoupés page par page. Les
chiffres de cette page se vérifient, et devraient l'être.
La boutique ne vend pas de lunette de visée : elle vend ce qui rend le réglage
lisible. Les cibles à grille
pour mesurer, les pastilles
pour reboucher, les longues-vues
pour voir vos impacts sans quitter le poste, les
télémètres pour connaître la
distance au lieu de la supposer.